Ce qu’on nous cache sur l’eau

Le 1er mars 2016, l’association Francheville écologie dont l’objectif est d’agir politiquement sur la commune de Francheville autour d’un projet citoyen, écologique et solidaire, a organisé une soirée sur la thématique de l’eau « Ce qu’on nous cache sur l’eau ». De manière pédagogique, cette soirée avait pour but de montrer et de mettre en débat les différents enjeux de l’eau de notre robinet. Que se trame-t-il derrière notre facture? Comment se construit le système de gestion tarifaire de l’eau ? Notre eau est-elle de bonne qualité ?

Animé par Cyril Kretzschmar, cette soirée a abordé tant les aspects liés à la gestion que les aspects liés à la qualité de l’eau du robinet. unnamed (1)2Rassemblant une cinquantaine de citoyens venus de tout le département du Rhône, cet évènement a permis d’ouvrir les prémices d’un débat constructif sur le territoire du Grand Lyon autour de l’eau bien commun.

En première partie de soirée, Monique Cosson est revenue sur la gestion de l’eau en s’appuyant sur le combat mené par Collectif des états généraux des services publics de Lyon. Les enjeux liés à l’eau de notre robinet sont peu visibles pour les citoyens. Malgré ce fait, il existe derrière notre eau de nombreux intérêts économiques, sociaux, environnementaux et démocratiques. Avant les années 80, les communes et intercommunalités du territoire géraient directement l’eau. Les difficultés  éprouvées par les collectivités à contrôler leurs réseaux ont poussé celles-ci à déléguer leur pouvoir de gestion et de distribution à des multinationales. Ainsi, depuis le milieu des années 80, nous pouvons constater, un peu partout en France, une vague de délégation de ce service public. Ce fut le cas par exemple à Paris en 1985 et à Lyon en 1986. Depuis ces dernières années, cette tendance s’inverse ;  nous constatons un retour en régie directe de grandes villes françaises telles que Grenoble / Paris / Nice / Montpellier / Bordeaux. En effet, la délégation de ce service public est aujourd’hui fortement contestée et remise en questions par de nombreux citoyens et élus. Les augmentations du tarif de l’abonnement, les augmentations du prix de l’eau, la non transparence des opérateurs privés, et la corruption dévoilée dans certains cas (…) ont poussé des collectifs citoyens à se réinterroger et à se réapproprier les problématiques liées à la gestion de l’eau bien commun. Ce fut le cas par exemple du Collectif citoyen des états généraux du service public de Lyon qui a mené de nombreuses actions (pétitions, lobby auprès de la presse…) sur la métropole lyonnaise pour que les élus réintègrent totalement cette compétence. Cette bataille a eu lieu quelques années avant la renégociation du contrat de distribution de l’eau qui avait lié pendant trente ans le Grand Lyon et Véolia. Malgré cette lutte citoyenne et les tendances au retour en régie publique en France, les élus du Grand Lyon ont décidé de signer un nouveau contrat de 9 ans avec Véolia. Les objectifs de ce contrat prévoient une baisse de 30% du prix de l’eau et une surveillance accrue quant aux objectifs chiffrables (ex : baisse des fuites d’eau). L’éventualité d’une transition vers la régie à la fin de ce nouveau contrat a été mentionnée dès sa signature. Par son expérience, Monique Cosson a démontré que le choix du mode de gestion de l’eau est un choix très politique. Malgré ce constat, elle affirme qu’il est nécessaire que les citoyens se réapproprient ces questions afin de faire valoir une démocratie participative et intégrée où chacun d’entre nous puisse se sentir impliqué dans les choix portés par les représentants de nos cités.

            Après d’intenses échanges avec le public autour de la tarification de l’eau, des modes de gestion, du contrôle des régies (…) ; Jacqueline Collard, présidente de l’association Santé Environnement en Rhône-Alpes a réalisé une présentation autour de la qualité de notre eau du robinet. D’une manière générale, en France, l’eau du robinet est globalement de la même qualité. Les réglementations autour de la qualité de l’eau ont été renforcées au fil des années ce qui a impliqué une prise de conscience citoyenne croissante autour de cette ressource. Les principaux polluants que nous retrouvons dans nos eaux sont les nitrates qui ont fortement augmenté, les pesticides, le plomb, l’aluminium et les microbes. De nombreux micro-polluants (tel que les perturbateurs endocriniens) apparaissent également aujourd’hui de plus en plus dans nos eaux. L’effet cocktail de ces polluants sont peu connus mais posent d’ors et déjà de nombreuses questions de santé publique. Aujourd’hui, le chlore est utilisé massivement dans les stations de potabilisation pour cacher globalement toutes les pollutions induites par les usages de l’eau. Ces stations, qui ne sont pas automatiquement adaptées d’un point de vue technologique pour lutter contre les nouvelles pollutions, réalisent des mélanges d’eaux de bonne et de moins bonne qualité pour diminuer la contamination et atteindre les normes de potabilité. Une interrogation a été formulée par l’intervenante sur la définition des normes de potabilité et sur les polluants émergeants qui ne sont pas ni répertoriés ni surveillés. Les communes du Grand Lyon sont principalement alimentées par des nappes souterraines qui se situent sur le territoire de Crépieux-Charmy et qui sont alimentées par le Rhône. Les zones de captages sont protégées selon trois périmètres de protection (immédiate / rapprochée / éloignée). Le bon état écologique du Rhône et de launnamed nappe de Crépieux-Charmy implique donc une solidarité entre les territoires amont et aval afin de garantir aux usagers de l’eau la meilleure qualité de cette ressource. Enfin, Jacqueline Collard nous a également fait part de sa difficulté à trouver des informations quant à l’origine exacte et la qualité de l’eau de robinet des habitants de Francheville. Cette difficulté montre bien les nombreux efforts qui sont à réaliser de la part de nos collectivités pour informer et sensibiliser les citoyens vis-à-vis des différentes pollutions. N’oublions pas de rappeler que les mairies ont pour obligation d’afficher publiquement les données relatives à la qualité de l’eau distribuée.

            En conclusion, cette soirée nous a renforcé la nécessité pour les citoyens de se réapproprier leur ressource en eau. L’implication citoyenne passe par l’information et la formation afin que les enjeux de l’eau puissent être transparents pour tous. La ressource en eau subit des pressions qui sont de plus en plus fortes et il est nécessaire de réinterroger et comprendre la nature et l’origine de ces pressions afin  que les citoyens se réapproprient leur ressource et qu’ils s’impliquent pleinement dans la vie démocratique de la société. La thématique de l’eau a besoin d’une implication citoyenne forte afin que nous puissions tous devenir acteurs de ce bien commun si fragile et pourtant indispensable à la vie.