La géothermie profonde: menace sur l’eau en Haute Savoie

Une enquête publique sur un permis de recherche de gîtes géothermiques «basse température» se déroule actuellement en Haute-Savoie et concerne 72 communes (voir liste ci-dessous). Sous le mot à connotation très positive de géothermie associé à de la chaleur produite par une énergie propre et durable, celle de la Terre, il se cache une nouvelle technique de production d’énergie grâce à une toute nouvelle technologie encore expérimentale de forage à plus de 5000m. Plusieurs sites expérimentaux ont déjà été lancés et fermés en Europe à cause de risques mal maîtrises et notamment sur les ressources en eau.

Permis

Pour commencer l’enquête publique est lancée depuis le 1er octobre pour une durée de 35 jours seulement sur un projet dit « basse température » ( entre 130 et 150°C quand même !) présenté par la société Géoforon. La même société a demandé auprès du Ministère de l’Ecologie un permis de recherche de gîtes géothermiques « haute température » qui concerne exactement le même territoire.

La société demandeuse des permis a été créée en 2013, avec un siège secondaire à Annemasse, comme filiale du groupe Fonroche, né en 2007, ayant une certaine expérience dans le domaine des énergies renouvelables. Pour ce qui est de la géothermie profonde, le groupe bénéficie au travers du Programme des Investissements d’Avenir d’une aide de 27 M€ pour développer la filière industrielle géothermique française. Le groupe est déjà titulaire de 7 permis exclusifs de recherche de gîtes géothermiques à haute température.

Concernant le permis de Salève, Fonroche Géothermie (autre filiale du groupe) a pour objectif final d’exploiter un gîte géothermique à haute température à partir d’une centrale électrique géothermique, fonctionnant sur le principe du doublet géothermique, alimentée par un puits producteur qui exploitera dans les zones profondes naturellement fissurées de l’eau géothermale pompée vers la surface, à une température supérieure à 150 °C avec des débits suffisants. Le fluide refroidi sera réinjecté, au moyen d’un second puits dans le réservoir exploité, à une température de 60°C. Les puits seront forés à des profondeurs estimées entre 3500 et 5500 mètres (puits déviés). Cette centrale comprendra donc des installations de surface et deux forages profonds (un producteur et un injecteur) qui formeront la boucle en sous-sol.

Précisons que la géothermie «basse température» cible une ressource comprise entre 60°C et 150°C, alors que la géothermie «haute température» cible une ressource à plus de 150°C. Et si l’exploitant n’est pas en mesure de qualifier le gîte géothermique visé, il doit solliciter les deux titres pour se conformer au cadre fixé par le Code minier, la géothermie étant une ressource minière. On est en droit de se poser des questions par rapport à la fiabilité des techniques utilisées (sur lesquelles il est difficile de se prononcer dans être sorti de l’Ecole des Mines ou autre grande école d’ingénieur) et sur les compétences et les capacités de la société demandeuse.

Nous pouvons nous prononcer sur le contexte et le bon sens de la réalisation d’un tel projet, car le territoire de la demande (5000m² autour du Salève) comporte une importante proportion de terres cultivées et urbanisées, avec une très forte pression démographique et foncière. Il abrite aussi une flore et une faune variées dans des zones préservées ainsi qu’une grande zone humide. Le territoire de la demande se superpose partiellement à 20 Zones Naturelles d’Intérêt Ecologique Faunistique et Floristique (ZNIEFF) de type 1 ainsi que 8 ZNIEFF de type 2, de 2 directives Oiseaux NATURA 2000 et 5 directives habitat NATURA 2000. Enfin, dix arrêtés préfectoraux de protection de biotope sont affectés par la présente demande.

Le territoire du permis de Salève est concerné aussi par un réseau hydrographique très important : le Rhône et l’Arve (classe1), le Borne, la Ménoge et les Usses – des rivières de classe 3, ainsi que 12 masses d’eau souterraine dont 7 « affleurantes » et 2 « profondes». Ce sont des nappes d’eau superficielles et profondes stratégiques et dont la traversée par les forages présenterait des risques de pollution contre lesquels toutes les précautions techniques ne sauraient nous prémunir.

Sans oublier les risques sismiques et de radioactivité qui caractérisent le territoire de la demande: une partie du territoire visé par le permis concerne des communes à potentiel faible mais sur lesquelles des facteurs géologiques particuliers peuvent faciliter le transfert du radon vers les bâtiments (l’Institut National de la radioprotection et de sureté nucléaire). Notons que le radon est un gaz radioactif d’origine le plus souvent naturelle. Il provient de la désintégration de l’uranium et du radium contenus dans la croûte terrestre. Le radon est reconnu cancérogène certain (groupe 1). Ces facteurs sont à peine abordés dans les dossiers techniques, ils ne doivent pas être sous-estimés car ils traduisent la vulnérabilité de ce territoire à de nombreux risques naturels et technologiques.
Malgré les engagements et les promesses de Geoforon en faveur du respect de l’environnement par la non utilisation de la fracturation hydraulique, la technique de stimulation chimique avec des acides et autres produits chimiques pour dissoudre les minéraux présents dans les failles n’est pas sans risques (avérés par l’abandon de plusieurs projets de géothermie profonde). Cette manœuvre produit une eau chargée de composés indésirables : métaux, radionucléides, sels minéraux, eau mise sous pression pour éviter les encroûtements, d’où des risques de fuites importants. Cela n’est pas neutre pour l’environnement et les installations de géothermie sont des sites sensibles.

Si la géothermie profonde est une vraie piste pour la production de chaleur et d’électricité dans les années à venir, elle n’est pas sans risques. Si les risques peuvent être acceptables et maîtrisés dans une zone neutre, peut-on au nom du développement durable rajouter une couche de risque dans une zone à risques ?

Le principe de précaution ou tout simplement le bon sens voudrait qu’on ne confie pas une expérience aussi délicate à un apprenti sorcier! Dans 15 jours Monsieur le Préfet de la Haute-Savoie devra dire OUI ou NON au projet de recherche de Salève en fonction des résultats de l’enquête publique en cours. Télécharger l’argumentaire.

Télécharger la lettre envoyée à la Présidente de la Commission d’enquête.

Nous devons agir maintenant! Informons nous pour mieux nous faire entendre:

1. Vous pouvez consulter le dossier technique du permis sur le site de Préfecture ou dans les communes suivantes où un registre est à la disposition du public pour recueillir l’avis de la population: ANNEMASSE, CRUSEILLES, REIGNIER-ESERY, SAINT JULIEN GENEVOIS, LA ROCHE SUR FORON, BONNEVILLE et SAINT JEOIRE et à la direction départementale de la protection des populations de la Haute-Savoie (PAIC/DDPP) 3 rue Paul Guiton à ANNECY.

2. Si on vous répond à l’accueil de la Mairie qu’il n’y a plus d’enquête ou qu’elle est déjà close, précisez qu’il s’agit d’une enquête sur la géothermie profonde ouverte jusqu’au 4 novembre 2014. A Annemasse, par exemple, il faut se rendre au Service urbanisme foncier patrimoine (entrée rue du Commerce, premier étage) durant les heures d’ouverture de ce service au public :
– les lundi, mercredi, jeudi : de 9 h 00 à 12 h 00 et de 13 h 30 à 17 h 00
– le mardi : de 9 h 00 à 12 h 00 et de 13 h 30 à 18 h 00
– le vendredi : de 9 h 00 à 17 h 00 sans interruption

3. Une commission d’enquête se tient aussi à la disposition du public aux lieux, dates et heures ci-dessous pour recueillir propositions et contre-propositions et répondre à vos questions :
ANNEMASSE, salle des Voirons, 4 place de l’hôtel de ville
– samedi 25 octobre 2014 – 9 h à 12 h
– mardi 4 novembre 2014 – 14h à 17h
CRUSEILLES, salle de réunion du gymnase des Ebeaux
– vendredi 24 octobre 2014 – 17 h à 20 h
– lundi 3 novembre 2014 – 14 h à 17 h
REIGNIER-ESERY, salle de confidentialité en mairie
– mardi 4 novembre 2014 – 9 h à 12 h
SAINT JULIEN EN GENEVOIS, salle du Tribunal de la mairie
– samedi 25 octobre 2014 – 9 h à 12 h
– mardi 4 novembre 2014 – 14 h à 17 h
LA ROCHE SUR FORON, salle des commissions (3ème étage de la mairie)
– vendredi 24 octobre 2014 – 17 h à 20 h
– lundi 3 novembre 2014 – 9 h à 12 h
BONNEVILLE, salle consulaire et bureau accueil RDC pour le 25/10
– samedi 25 octobre 2014 – 9 h à 12 h
– mardi 4 novembre 2014 – 9 h à 12 h
SAINT JEOIRE, salle des mariages
– jeudi 23 octobre 2014 – 17 h à 20 h
– lundi 3 novembre 2014 – 14 h à 17 h

Les 72 communes concernées sont: AMANCY; AMBILLY; ANDILLY; ANNEMASSE; ARBUSIGNY; ARCHAMPS; ARENTHON; ARTHAZ-PONT-NOTRE-DAME; AYSE; BEAUMONT; BOEGE; BONNE; BONNEVILLE; BONS-EN-CHABLAIS; BOSSEY; CERNEX; LA CHAPELLE-RAMBAUD; CHENEX; CHEVRIER; CLARAFOND-ARCINE; COLLONGES-SOUS-SALEVE; CONTAMINE-SUR-ARVE; COPPONEX; CORNIER; CRANVES-SALES; CRUSEILLES; DINGY-EN-VUACHE; ETAUX; ETREMBIERES; EVIRES; FAUCIGNY; FEIGERES; FILLINGES; GAILLARD; JONZIER-EPAGNY; JUVIGNY; LUCINGES; MACHILLY; MARCELLAZ; MENTHONNEX-EN-BORNES; MINZIER; MONNETIER-MORNEX; LA MURAZ; NANGY; NEYDENS; PEILLONNEX; PERS-JUSSY; PRESILLY; REIGNIER-ESERY; LA ROCHE-SUR-FORON; SAINT-ANDRE-DE-BOEGE; SAINT-BLAISE; SAINT-CERGUES; SAINT-JEAN-DE-THOLOME; SAINT-JULIEN-EN-GENEVOIS; SAINT-LAURENT; SAINT-PIERRE-EN-FAUCIGNY; SAINT-SIXT; LE SAPPEY; SAVIGNY; SCIENTRIER; LA TOUR; VALLEIRY; VERS; VETRAZ-MONTHOUX; VILLE-EN-SALLAZ; VILLE-LA-GRAND; VILLY-LE-BOUVERET; VIRY; VIUZ-EN-SALLAZ; VOVRAY-EN-BORNES; VULBENS.

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