Le Rhône, un bien commun menacé

Notre emprise sur le vivant est indéniable et parfaitement bien illustrée par l’histoire du Rhône, fleuve charismatique, cher à nos lyonnais. Nos intervenants, géographes et naturalistes, nous ont raconté l’histoire de ce fleuve, afin de le redécouvrir, tant par sa dynamique que ses richesses naturelles, et de comprendre les enjeux de sa gestion dans un contexte de changement climatique.

Les chiffres et les pronostics sont édifiants. Entre autre, les scientifiques ont observés que la température du Rhône a augmenté de 1.3 à 3°C, entre 1977-1987 et 1988-1999, avec un impact des centrales évalué à 1.7°C. D’ici 2050-2060, les scenarios indiquent que les débits mensuels du Haut-Rhône (à Pougny-Lagnieu) seront 30% de moins élevés par rapport à la moyenne observée entre 1980-2011.

Ceci entrainerait de nombreuses conséquences dont la réduction du ruissellement affectant la production hydroélectrique, le réchauffement des eaux réduisant la capacité de production des centrales thermiques (nucléaires), un effet sur le tourisme et les stations en hiver, et enfin, une augmentation de la demande en eau en été: irrigation, loisirs, consommation individuelle, et de fait, une régulation accrue.

Nos châteaux d’eau sont menacés ! Les glaciers fondent ; les glaciers des Alpes ont perdu 30 à 50%  de leur surface et 50% de leur volume, et les zones humides disparaissent ; sur le Rhône, depuis 1930, 50 % des champs d’expansion le long du fleuve ont disparu (en raison de l’urbanisation, des remblaiements et endiguement). Conséquence : une crue majeure en 2003 à Arles a coûté plus d’un milliard d’euros !

Ces écosystèmes abritent également une grande biodiversité. En France, 100 % des amphibiens, 50 % des oiseaux et 30 % des espèces végétales rares et menacées dépendent des zones humides. Que deviendront le castor, la loutre, les libellules…des espèces emblématiques que nos actions poussent à disparaître de nos paysages ?

Heureusement, une lueur d’espoir subsiste avec la capacité d’adaptation des espèces… et nous, sans doute, une fois que nous serons prêts à laisser faire la nature. « Je rêve de plans de gestion avec une seule ligne : effacer les barrages et laisser faire » s’exclame Gilbert Cochet, professeur agrégée d’Université, géologue et naturaliste, et un des membres Fondateurs et membres du Conseil d’Administration du Fonds pour la conservation des rivières sauvages.

Faire évoluer nos pratiques pour préserver les écosystèmes qui nous rendent de nombreux services, en particulier face au changement climatique, partager les savoirs, développer les sciences participatives,… voilà les premières étapes à suivre pour partager ces biens communs.

« Avoir le bon exemple, avoir le courage d’entreprendre, oser changer l’ordre établi pour réconcilier l’homme et son environnement » tel a été le message de nos intervenants passionnants et passionnés, en faveur du Rhône, un bien commun menacé.


Texte issu de la conférence-débat organisée en partenariat avec le service Science et Société de l’Université de Lyon le samedi 10 octobre 2015 de 14h à 16h dans le Grand Amphi de l’Université de Lyon, 92 rue Pasteur, 69007 Lyon.

Les intervenants étaient

  • JP Bravard : Professeur émérite de géographie à l’Université Lumière-Lyon 2 et à l’Institut universitaire de France. De 2001 à 2008, il a été responsable scientifique de la Zone Atelier Bassin du Rhône (CNRS), qui fédère des équipes de recherche du bassin du Rhône pour mener à la fois une recherche fondamentale et une recherche appliquée sur le Rhône et ses affluents.
  • Julien Bouniol: Naturaliste spécialisé sur la faune et plus particulièrement sur les mammifères sauvages et les libellules. Chargé de missions veille écologique FRAPNA-Rhône.
  • Chrystelle Caton et Perrine Paris-Sidibé chargés de projets au Conservatoire des Espaces Naturels.
  • Gilbert Cochet, Agrégé d’Université, géologue et naturaliste.

Animé par V. Girard de CERA.

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